19.9.13

Aïkido, arts martiaux et charlatanisme

La plupart des clubs cherche à drainer un maximum d'adhérents, surtout quand ça rapporte de l'argent ou que le professeur est rémunéré. Rien d'illégal à cela.
En revanche, vendre une image qui ne correspond pas à la réalité est hautement critiquable, surtout quand c'est au détriment de dojos authentiques (il y en a, même s'ils ne sont pas nombreux).

Car c'est pourtant bien ce qui passe dans l'univers des arts martiaux, y compris dans celui de l'aïkido.
Bien que cela puisse paraître aberrant pour la plupart des activités, il est courant qu'un pratiquant d'art martial s'imagine pouvoir acquérir rapidement une maîtrise suffisante pour se tirer de situations délicates.
Cela est du à l'image trompeuse que fournissent les médias mais aussi et surtout, au discours tenu par des professeurs d'arts martiaux peu scrupuleux voir malhonnêtes et il y en a beaucoup. 

En ce qui concerne l'aïkido, à la base il est fait abstraction du but de la discipline, le "do", qui signifie recherche de soi. En second lieu, la plupart des professeurs transmettent un aïkido "local", non seulement dénaturé du fait de sa spécificité locale, mais surtout la plupart temps issu non pas de l'aïkido créé par Ueshiba Morihei, mais celui de ses descendants.
Le fils, puis le petit-fils, puis l'arrière petit-fils de Morihei Ueshiba ça fait autant d'interprétations différentes.
En plus le fils du fondateur ayant codifié la discipline afin de la rendre "plus compréhensible et plus accessible", cela a contribué à l'appauvrir considérablement.    
En France on est allé dans le même sens en faisant pire puisqu'il a été  créé (ne riez pas) une "méthode nationale" incorporant une nomenclature. Pour un art, au demeurant oriental, il est difficile d'imaginer un sort plus funeste.

Aïkido tronqué par la descendance de son fondateur + aïkido franco-français = une discipline martiale très éloignée de ce qu'a créé Ueshiba Morihei que beaucoup pourtant revendiquent.   

Certains clubs mettent cyniquement en avant l'efficacité de l'aïkido.
Ils oublient de préciser que les techniques qui y sont enseignées (pour ne pas dire singées) ne fonctionnent qu'entre aïkidokas complaisants et uniquement sur leurs propres tatamis.
Pourquoi ? parce qu'ils font de la technique un but alors qu'elle n'est qu'un moyen pour parvenir à la neutralisation d'un agresseur ou, sur le plan philosophique, à la recherche de soi. 

La plupart des enseignants ont 2 discours contradictoires : d'une part ils vantent l'efficacité de l'aïkido en tant qu'art martial, d'autre part ils tiennent un discours d'harmonie et de paix qu'eux-mêmes soit-dit en passant, mettent rarement en pratique dans leur vie de tous les jours.
Ils trompent donc les pratiquants tout en essayant de se convaincre eux-mêmes.
C'est ce qui arrive quand les repères de la discipline ont disparu, quand on reproduit bêtement et sans rien chercher à comprendre.
En aïkido comme dans nombre de disciplines martiales, malgré une apparente sincérité on vante et on vend sans se soucier de l'authenticité du produit vendu. 

Comment peut-on imaginer qu'une technique d'aïkido puisse fonctionner, alors que les conditions de sa réalisation ne sont pas réunies, sauf fabuleux hasard ?
C'est pourtant ce qui est prétendu dans les clubs franco-français où l'on enseigne des techniques et non la gestion de situations où la technique adéquate s'imposera d'elle même. 

Enseigner des bases plus ou moins abstraites est plus difficile que de faire répéter x fois une technique et c'est moins séduisant pour un futur pratiquant ou un débutant.
Un dojo "traditionnel" est basé sur des concepts orientaux, sans lesquels l'aïkido ne peut être compris et pratiqué correctement.
Les bases de l'aïkido dont le placement du corps et l'utilisation de l'énergie qui en sont son essence même, ne sont fréquemment enseignés qu'en arrière plan des techniques alors que cela doit constituer l'essentiel de l'apprentissage pour que les techniques fonctionnent.

Rappelons que le fondateur de l'aïkido, dans une période de sa vie, a enseigné à l'armée japonaise.
Il est impensable qu'il ait enseigné ce qu'on voit aujourd'hui dans les fédérations françaises !
Pour que l'aïkido revête sa face "budo" (art de guerre) il faut que l'enseignement offre les moyens de retrouver toute son efficacité potentielle d'origine.
Hors cette faculté n'est pas dans les capacités d'un professeur formé à l'aune d'une fédération reliée à un ministère des sports ! 

S'engager sur la voie de l'aïkido est un chemin particulièrement difficile et ardu.
Faire croire le contraire est de l'escroquerie mais ça ce n'est pas propre à l'aïkido.  

Il faut aborder l'apprentissage sans se fixer de but ni de limite de temps. La pratique et l'étude (le chemin) devraient être les seuls critères à devoir être mis en avant. 
Pour cela il faut avoir "un maître d'aïkido traditionnel" et non un professeur d'état franco-français qui a toutes les chances de vous placer sur un chemin très éloigné de l'aïkido, celui de ses fantasmes et des vôtres, quand il n'est pas uniquement motivé par son seul sens du commerce.   
 
 

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