11.1.10

Un maître d’un dojo d’aïkido et l’amitié


Une question qui peut paraître surprenante mais qui néanmoins semble se poser à certains (es) : un professeur d’aïkido (le « maître » d’un dojo) peut-il être aussi « ami » avec ses élèves ?

Cette notion ne peut exister sur des tatamis, ceux-ci « figurant un champ de bataille » ! Ceci étant un professeur d’aïkido n’est pas un prof de math ou de littérature, enseignant dans un établissement scolaire.

Tout dépend aussi de ce qui peut être compris dans le terme « ami » et du lieu : dans le dojo lui-même, dans le gymnase l’abritant, ou partout ailleurs « en privé ».

Convenons d’une définition : partager certains goûts communs (des affinités) et de ce fait des moments de vie dans un cadre commun, ces 2 conditions générant des échanges.
Ensuite dépend aussi le contexte de la relation : en liaison avec l’aïkido ou pas.

Il n’est pas donné à tout le monde de faire toutes ces subtiles distinctions, qu’un oriental saura plus facilement identifier car il semble qu’il faille rappeler un principe général de fonctionnement qui nous est sans doute moins naturel qu’aux Japonais : la variation des hiérarchies en fonction de la circonstance.
C’est ainsi qu’il y a quelques années, il paraissait impensable à l’une de mes élèves que l’on puisse participer ensemble et convivialement, à un stage d’aïkido dispensé en province.
Etait-ce parce que cette aikidoka tenait à placer son prof sur un piédestal, se faisant de lui une représentation de l’être humain parfait devant lui servir d’exemple ou parce qu’elle n’acceptait pas de peut-être s’apercevoir qu’il pouvait avoir lui aussi des défauts ou des faiblesses, comme tous les êtres humains ?
Chacun sachant que « le parfait n’est pas humain » je me réjouis alors de n’être pas perçu comme tel un infaillible gourou…
Fort heureusement cette attitude extrême se rencontre peu, mais il n’est pas certain que d’autres ne se posent pas une question similaire en ne sachant pas toujours gérer la relation : il suffit de constater que nombre d’élèves adultes, ont parfois peine à tutoyer leur prof !
Respecter l’étiquette et son professeur n’est pourtant pas incompatible avec une relation amicale hors cadre de l’aïkido, la hiérarchie n’ayant plus lieu de subsister.

L’aïkido se pratique dans un dojo, lieu où l’on étudie et recherche la voie.
C’est de cette particularité liée à notre discipline martiale que naît l’ambiguïté dans l’esprit de certains pratiquants.
De surcroît le dojo et l’aïkido sont régis par un grand nombre de règles très précises.
La difficulté pour tous est d’adapter toutes ces règles à la vie quotidienne et les inclure dans nos relations, ce qui doit être aussi un aspect positif de notre étude de l’aïkido (Nichi jo no taï do).

Certains prétendent que la pratique de l’aïkido peut amplifier les défauts en renforçant l’ego :
il faut simplement rappeler que la première aptitude requise pour étudier l’aïkido est l’humilité et la capacité de se remettre en question.
Quelqu’un ne possédant pas ces qualités, quel qu’il soit, n’a rien à faire dans un dojo d’aïkido.

L’enseignant, le professeur, le maître d’un dojo n’est pas un dieu.
Toute sa vie il continue d’apprendre et de progresser, lui aussi.
Cela concerne la discipline, donc aussi l’homme dans sa globalité.
C’est ce qui distingue notre art de toutes les autres disciplines et c’est ce que « le maître » a aussi en commun avec ses élèves.
Il a juste une longueur d’avance dans la discipline, son parcours accompli étant antérieur ou différent.

A quoi servirait d’avoir acquis l’autonomie en créant son propre dojo si c’était pour devenir solitaire ou être isolé ? Il eut plutôt choisi d’être moine en se retirant dans une grotte.

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